Georges Duquin est né le 10 août 1938 à Hanoï (Vietnam) de parents eurasiens tous deux. Son père, Léon Duquin, est brigadier des Douanes et Régies de l’Indochine et sa mère, née Marie Faugère, est une pieuse bouddhiste. Enfant, il suit ses parents dans les divers postes de son père dans les villages-salines le long du Golfe du Tonkin. Son père lui apprend à lire et à écrire dans « la brousse » et Georges ne va pas à l’école avant l’âge de huit ans.

Léon Duquin refuse d’obéir aux Japonais qui viennent de vaincre la France en Indochine le 9 mars 1945, et est torturé.

La famille regagne Hanoï. Presque aussitôt éclate la Révolution Vietnamienne du 19 décembre 1946.

La famille Duquin s’établit à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) lorsque Georges a douze ans. Le principal du collège l’apprécie beaucoup et sympathise avec son père. Plus tard il apprend que cet homme bon a sauvé beaucoup de Juifs pendant la guerre.

Après des études brillantes à Bordeaux, Georges Duquin entre du premier coup à l’ENA en 1959 et, après un service militaire accompli en Algérie et une scolarité qui constituent des expériences décevantes, il part pour un tour du monde de quinze ans, durée totale de ses affectations successives dans les services économiques des ambassades de France à New york, Madrid, Hong Kong et Pékin.

Son désir est de recueillir comme Ségalen le “Divers” du monde, en tant que source de vie.

Sa vocation première est celle de poète. A New York, révolté par la guerre que livrent les Etats-Unis au Vietnam, sa terre natale, il écrit « Chant d’amour, de gloire et de guerre ». Ce recueil de poèmes sera d’emblée publié par Maspero sous le pseudonyme de Du Huu Quynh (« Pierre rouge de la famille Du Huu »). Mais cela n’empêche pas que Georges Duquin admire au plus haut point la littérature américaine, le Sud, la Beat Generation dont il se considère un adepte.Ezra Pound et T.S. Eliot sont ses maîtres, Allen Ginsberg son aiguillon.

En Amérique il trouve ses modèles non seulement en littérature mais encore en peinture.

C’est que, plongé dans l’effervescence intellectuelle et artistique de New York, il lui paraît évident que la poésie – qui est rythme, images, musique, universalité – doit être sœur de la peinture, source de spiritualité…

Ainsi le « Divers » le nourrit-il d’abord lorsqu’il se trouve dans le Nouveau Monde. Mais c’est le Monde Nouveau qui l’empoigne : après le séjour américain, il découvre l’Asie qui émerge, s’éveille, et souvent l’émerveille. Au cours d’un voyage à Bénarès où il conduit sa mère en 1976, il prend refuge dans le Bouddha sur le lieu même du premier sermon de Çakyamuni. Il commence alors l’écriture de « I », poème-road movie planétaire et bouddhiste de plus d’un millier de pages. Cette écriture va lui prendre onze années.

De Hong Kong il arrive à Pékin en 1978 le jour même de l’ouverture de la Chine. Lors de la rencontre historique de Jean-François Deniau et de Deng Xiao Ping, Georges Duquin est présenté à celui qu’il considère comme le véritable père de la Chine moderne. Il absorbe l’Asie, de Kushinagar à Kyoto, de Tung Huang à Seoul, en passant par Vientiane, Hanoï et Pagan, tout en gérant l’arrivée à Pékin de vagues d’hommes d’affaires français accompagnés de ministres, qui affluent en quête de marchés.

Il boucle son « tour-du-monde-en-quinze-ans » en 1981 : avec sa famille il quitte Pékin et retourne à Paris, « par l’autre côté » de la planète, en traversant le Pacifique, l’Amérique, l’Atlantique. Il part parce qu’il ne veut pas sacrifier les études de ses enfants à sa soi-disant « carrière ». Et puis, après quinze ans à l’étranger dont sept en Chine, il pense qu’il peut achever d’écrire le monde du temps présent.

De retour en France il est parmi les premiers dès le début des années 80 à publier des articles, sur l’importance prééminente du Pacifique et le basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie, sur le déclin de l’Amérique, et sur la Chine, en tant que future grande puissance économique malgré, à cette époque, la pauvreté, la bureaucratie, voire la disette. Il terminera «I» en 1987 six ans après son retour en France.

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« Le cycle parisien » dure quinze ans comme le cycle précédent.

Le bilan est positif pour le service de l’Etat mais également pour le voyageur que reste Georges Duquin. Il trouve chaussure à son pied en changeant trois fois de fonctions sinon de métiers.

Chef du Service de l’innovation au Ministère de la Recherche, il crée en un an le crédit d’impôt recherche en bouleversant la notion traditionnelle de crédit d’impôt. Puis il est envoyé un mois aux Etats-Unis pour étudier le phénomène qui étonne le monde : la Silicon Valley. Son rapport sera dubitatif : oui la Silicon Valley annonce un ressaisissement des Etats-Unis – des dirigeants des grandes entreprises plutôt que du pays , mais il convient en l’espèce de considérer la situation de manière globale. Or les Etats-Unis subissent, face à l’Asie, le handicap, entre autres, de trois facteurs majeurs : les déficits ; la perte de compétitivité et tout particulièrement des technologies de la production ; les carences du système éducatif.

Puis, détaché au Ministère des Affaires étrangères en qualité de sous-directeur des affaires juridiques, compétent pour le droit de la mer et l’Antarctique, Georges Duquin obtient des résultats marquants.

Il arrache après seulement deux ans d’effort l’adoption du protocole de Madrid sur la protection de l’environnement en Antarctique, alors que, lorsqu’il propose son projet de convention en octobre 1989, toutes les Parties au traité de Washington sur l’Antarctique – sauf la Grèce – y sont hostiles. Le représentant de la Grèce à cette conférence devient son meilleur ami pour la vie.

Pendant ce temps, en qualité de Chef de la Délégation française à l’ONU pour le droit de la mer, il travaille avec succès à la conclusion des négociations relatives à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer qui traînent depuis une quinzaine d’années (cette Convention est importante pour la France qui possède le second territoire maritime dans le monde, et garde tous ses droits pour l’exploitation des “nodules polymétalliques” qui se trouvent sur les grands fonds marins).

La gestion de l’Antarctique, des mers et des océans, embarque Georges Duquin dans la noria des conférences internationales. Elles l’amènent à voyager constamment, semant son existence d’autant de nouvelles étoiles de la connaissance.

En 1996 il est nommé expert juridique, adjoint du médiateur français dans le différend qui vient de causer un début de conflit armé entre l’Erythrée et le Yémen ; ces pays se disputent les îles Hannish au milieu de la Mer Rouge. Il trouve la clé qui débloque la situation et rédige le texte de l’accord par lequel l’Erythrée et le Yémen confient à un tribunal arbitral le soin de régler la dispute. C’est avec une joie extrême que Georges Duquin en écrit l’article premier : « les Parties renoncent au recours à la force pour régler leur différend ». « Cela vaut tous les poèmes du monde », murmure-t-il à son Témoin intérieur.

En récompense il est nommé ambassadeur à Bahreïn où il restera en poste quatre ans et demi. Il est au cœur des pays arabes, dans le Golfe. D’après la légende qui remonte à cinq mille ans, Gilgamesh, héros du premier poème de l’humanité, perd dans cette île la fleur de l’immortalité qu’il vient de trouver au fond de la mer.

Dans l’émirat de Bahreïn qui n’avait aucune tradition de contact avec la France, Georges Duquin promeut le français, obtient la promesse du gouvernement bahreinien d’adopter le français comme deuxième langue étrangère obligatoire, crée une école française. « La langue française est notre patrie » proclame-t-il devant ses collègues. La nuit, il écoute les relations navrées de nos experts militaires qui reviennent de leurs inspections en Irak. Ou bien, à la lumière électrique, il peint de grands tableaux qui s’intitulent entre autres «le Vide» ou «Peinture Zen», mais aussi «Lacérations». Il retrouve la solitude du désert qui l’avait marqué quarante ans auparavant quelque part au sud de Bou Saada.

Il connaît une joie rare : il marie, entre le drapeau tricolore et celui de l’Europe, sa troisième fille : un accomplissement dans son existence.

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Sous l’emprise de l’habitude et de la tradition d’une poésie confinée, on n’accepte pas en France une poésie dont l’auteur est « ancré dans l’esprit contemporain » (1) et qui vise à l’universel, traverse les continents, les civilisations, l’Histoire, va à la rencontre des peuples, consacre le « flux de la conscience », et jette un pont entre l’Est et l’Ouest, à moins qu’il n’en unisse les cultures, réfutant ainsi le fameux aphorisme de Rudyard Kipling.

Alors que Georges Duquin est en poste à Bahreïn, il se tourne vers un éditeur suisse. Le premier tome de son grand poème « I », Histoire du temps présent (444 pages), achevé quinze ans plus tôt, est publié en 2000, à Lausanne, par l’Age d’Homme qui édite de grands écrivains dissidents de l’URSS. L’année de parution de ce livre a un sens voulu par son auteur : il n’appartient pas au siècle dernier mais au XXI° siècle. La couverture porte la couleur rouge, celle de la joie et de l’espérance en Chine ; le titre «I» est l’une des deux valeurs du bit informatique dans l’univers duquel nous vivons, il contient une polysémie qu’il revient au lecteur de découvrir, ce que celui-ci est invité à faire également avec les centaines de références et de « liens » tantôt annoncés tantôt invisibles ou non déclarés – qui vont de soi – auxquels renvoie ce livre de toutes les cultures.

La peinture désormais devient une activité majeure de Georges Duquin.

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Georges Duquin termine comme Directeur Régional du commerce extérieur en Bourgogne ce qu’il ne veut pas appeler une carrière. Il habite Beaune trois ans. Puis à 67 ans il prend sa retraite.

Il se retire en 2008 dans la modeste maison familiale de ses parents, à Villeneuve-sur-Lot. Quelqu’un dit à la radio : « il n’est pas donné à tout le monde de retourner vivre dans la maison de son enfance.» Cette voix anonyme dit juste.

Il publie en 2010, le premier livre de « O » achevé vingt-et-un ans plus tôt et resté dans un tiroir. Il y relate une méditation bouddhique s’ouvrant aux sagesses de l’Asie et de l’Occident. Il y chante son aspiration au Non-Etre.

La musique, la lecture, le silence des méditations avant l’aube à la campagne, la compagnie de merles chanteurs ou de ses enfants, peindre dans le ciel d’une grande toile la nuée d’oiseaux blancs qu’observait Kawabata sur la manche de son aimée ou la brume électrique quand la ville qui dort, filmée par Bertrand Tavernier et John Huston, apportent à Georges Duquin d’ineffables joies, de même que peindre « la mort de Cy Twombly », telle qu’il la sent dans son coeur : sereine, harmonieuse, en bleu et blanc, dans la plénitude bouddhique de la Compréhension Juste…

(1)Bernadette Richard, “Georges Duquin:“I”, un long chant bouddhiste en français dans le texte”, Le Quotidien Jurassien, 3 juillet 2000.

Janvier 2012, Villeneuve-sur-Lot

En arrivant en métropole à l‘âge de treize ans, Georges Duquin ignorait que sa vie allait être aussi riche et ses rencontres fructueuses pour le pays.
Parcours d’exception d’un Villeneuvois d’adoption.

Le petit Georges Duquin est encore un enfant que les douceurs d’Indochine ont bercé lorsqu’il arrive d’Hanoi avec sa famille au début des années cinquante. Il a douze ans et regarde l’histoire se dérouler devant lui. La France accumule les revers sur sa terre natale. Son père douanier doit expatrier les siens vers des contrées moins hostiles. Le choix se porte sur Villeneuve. Georges intègre alors le collège, en lieu et place de l’actuelle poste au bord du Lot. “C‘était un ancien couvent”, se souvient-il. Il devra le quitter une année, en 1952, pour suivre à nouveau son père à Saïgon avant de revenir. Cette nouvelle expérience frappe celui qui est devenu un jeune adolescent. En 1955, il passe son bac et reçoit le prix d’excellence en philosophie. Il intègre la Faculté de droit et de lettres et suit des cours à Sciences Politiques dont il sort major à l‘âge de 20 ans. L’année suivante, à Paris, il termine sa licence de droit et intègre l’Ecole Nationale d’Administration. Une nouvelle vie commence. Nous sommes en 1959. “Comme tous les jeunes de mon âge, j’ai dû faire mon service militaire”. Vingt-huit mois au total, dont vingt-deux en Algérie comme sous-lieutenant.

Une carrière à l‘étranger

En 1965, il sort de l’ENA et intègre le département des conseillers commerciaux. C’est le début d’une longue et belle carrière à l‘étranger. New-York de 66 à 69 comme attaché commercial, Madrid de 69 à 74, Hong Kong de 74 à 78, puis Pékin de 1978 à 1981, comme chef de mission économique. “Mon rôle était surtout de faire de la diplomatie économique et financière”. Il quitte ensuite le Ministère de l’extérieur pour celui de la recherche scientifique. Il a en charge les innovations technologiques, fiscales et financières. Il a sous sa tutelle l’ANVAR, l’agence française de l’innovation. “On brassait tous les jours des idées nouvelles afin d’aider les entreprises à innover et à lancer des nouveaux produits sur le marché”. C’est ainsi qu‘à la demande de Louis Gallois, il invente en 1982 le crédit impôt recherche. “L’objectif était d’aider les PME spécialisées dans la recherche et qui ne dégageait donc pas de bénéfice”. Dans le même ordre d’idée, il pousse l’Etat à entrer dans les sociétés de capital-risque. “Je pouvais ainsi aider des entreprises, au lieu de les voir disparaître au bout de cinq ans d’existence. Nous étions aux avant-postes de la recherche et de l’innovation”. Après un passage au cabinet de Michel Noir, Ministre délégué au commerce extérieur, il est détaché au Ministère des affaires étrangères de décembre 1988 à 2003. Les postes s’enchaînent, les rencontres aussi. Cousteau lui vient même en aide, avant qu’il ne devienne médiateur dans un conflit en tant qu’ambassadeur de France. Aujourd’hui, Georges Duquin finit sa carrière en Bourgogne, comme directeur régional du commerce extérieur. Il a 67 ans et revient régulièrement sur les terres de son adolescence.

Médiateur et ambassadeur

Alors qu’il est à la direction des affaires juridiques, chargé du droit de la mer, Georges Duquin se voit confié une nouvelle mission de janvier à août 1996. Il est adjoint au médiateur Francis Gutman dans le différend qui oppose l’Erythrée au Yémen à propos des îles Hanish. Le 19 décembre 1995, ces petites îles sont envahies par l’Erythrée qui en réclame la propriété. Boutros Boutros-Gali est alors au Caire et suggère aux belligérants de recourir à la France pour trouver une solution. Le Yémen accepte avec enthousiasme. L’Erythrée est plus réservée, mais finit par accepter. L’enjeu de ces îles sans nationalité est de taille. Elles sont un passage obligé dans la Mer-Rouge. Au-delà de ce goulot qui est une des principales voies du trafic maritime mondial, il y a Israël et ses voisins arabes. Une tension sur ces îles a pour conséquence que les exportations arabes ne peuvent pas sortir et que les importations israéliennes ne peuvent pas entrer. Autant dire qu’on marche sur du sable mouvant. “Je suis intervenu en tant qu’expert juridique”, explique Georges Duquin. Au terme de multiples rencontres avec les deux présidents, un texte est rédigé par Georges Duquin. Le premier article est simple : “les parties renoncent au recours à la force”. “J’en suis fier “, confie Georges Duquin. “C‘était la première fois qu’une médiation était réussie”. En récompense, Georges Duquin est nommé ambassadeur à Bahreïn. Un poste qu’il occupe cinq ans, jusqu’en 2001. La tâche n’est pas facile. “Ce pays très civilisé n’a pas de tradition politique et culturelle avec la France”, confie Georges Duquin. Le diplomate s’attache dès lors à faire connaître et aimer son pays. Il organise une rencontre annuelle et réussit à convaincre les responsables du Bahreïn de faire du français la deuxième langue obligatoire. “Je leur ai parlé de l’acquisition de la liberté pour y arriver”. Il fait ensuite connaître la France à ses hôtes. “Pour cela, je n’avais qu’une idée en tête en arrivant au travail : faire que les médias de ce pays parlent de la France tous les jours”.

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Publication: A Villeneuve, le 28 janvier 2006 – © Agence de presse Valinfos – Gaëtan Habasque

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